Templum, vesiges et légendes des Templiers

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ILS ÉTAIENT DES MOINES...

 

« Dieu est ma nourriture, ma nourriture est Dieu, Il l'a dit en Vérité, et je le crois...»


Cette inscription, gravée sur les murs de la prison de Domme par les Templiers, nous rappelle, si besoin est, qu'ils sont d'abord et avant tout des moines. Mus par une foi impérieuse, ils se sont écartés du monde, ils ont prononcé des vœux, ils font partie d'un Ordre religieux dont ils respectent la Règle exigeante, ils se sont donnés à Dieu corps et âme... Or, l'image que nous avons spontanément du Templier, est celle du combattant, du chevalier prestigieux. «Moine combattant », certes, mais dans ce couple, quel poids respectif accorder à chacun des termes ?
Romantisme aidant, le grand manteau blanc marqué de la croix rouge symbolise effectivement le côté épique de 1 'histoire de l'Ordre; il est porté par les seuls chevaliers. Les autres combattants, de second rang, écuyers ou sergents sont plus humblement vêtus de noir; pour les mercenaires, turcopoles et troupes salariées, la croix rouge, sur un habit quelconque, ni blanc, ni noir, sert de signe d'appartenance. Les articles de la Règle sont absolus, (titres XX et XXX) : « On doit savoir que 'personne ne portera de robe blanche ou de blanc manteau, si ce n'est les dits chevaliers du Christ, afin que ceux qui ont quitté la vie de ténèbres se reconnaissent par le blanc, et tout un (affirment) qu'ils sont réconciliés avec leur Créateur».
Il faut savoir que la Milice n'était pas seulement constituée de moines-soldats, ayant prononcé les vœux monastiques. Ceux-là en étaient le noyau permanent et constituaient l'encadrement d'engagés volontaires laïcs, qui, pendant un certain temps, prenaient l'habit noir ou le manteau blanc du Temple. La Milice reproduisait en ses rangs, frères de l'Ordre ou volontaires, la hiérarchie sociale.
La Règle disait encore : habits et armes ne pouvaient être portés que sur ordre, lorsqu'il y avait combat ou action militaire. Le reste du temps, l'habit de maison était de rigueur pour les moines-soldats. Or, en Occident, le port des armes ne devait pas être très courant... On peut l'imaginer lors des fêtes, des cérémonies importantes, des réceptions dans l'Ordre. On peut penser, pour les vétérans, aux patrouilles sur les chemins de Compostelle et, pour les recrues, aux concentrations de chevaliers partant pour la Terre Sainte ou l'Espagne. On peut penser que les chevaliers-instructeurs revêtaient leur tenue pour les séances d'entraînement aux armes des jeunes nobles de la région, pensionnaires dans les écoles de chevalerie qu'étaient sans doute La Cavalerie du Larzac ou le Mas-Deù. Le fils du roi d'Aragon, le fils de Simon de Montfort furent ensemble les pupilles des Templiers de Monzon.
Le reste du temps, ils étaient des moines, des moines ordinaires; dès qu'ils avaient revêtu la robe de bure de la maison, les chevaliers perdaient le dit statut, pour être des frères parmi les frères. La Règle monastique valait pour tous. La hiérarchie était celle du couvent, celle de l'Ordre. Les Templiers des Pays d'Oc sont des moines pieux et travailleurs, qui dans leurs maisons, prient pour le salut de leur âme et travaillent pour enrichir le trésor de guerre du Temple, trésor qui va permettre à ceux d'entre eux que Dieu a désignés pour cela de combattre les Infidèles. Dans la vie quotidienne, en habit de maison, peu de choses les distinguent des autres moines des couvents voisins, même s'ils comptent parmi eux des chevaliers qui ont été, ou seront, des guerriers sans pitié. Cette vision d'ensemble est sans doute moins exaltante que celle des grands combats pour la gloire du Christ.
Ils sont soumis au dur labeur des maisons, aux prières et aux exigences de la vie monacale, soumis aussi, au sein de l'Ordre, à une lente et progressive probation, avant d'accéder, éventuellement, selon un mérite confirmé, à des postes de responsabilité, des grades élevés dans la hiérarchie« spirituelle », avant de se retrouver, parfois, aux plus hauts degrés de la hiérarchie militaire. En effet, à part des nominations hâtives, dictées par les événements, de chefs de guerre réputés (Ridefort, G. de Sablé), on s'aperçoit que la plupart des Grands Maîtres dont on connaît l'histoire ont suivi un lent parcours dans les maisons et les provinces, acquérant une formation spirituelle poussée, une grande expérience de gestionnaire et de diplomate, auxquelles s'ajoutent des capacités militaires reconnues, avant d'arriver au commandement suprême.
Ce processus est significatif de l'esprit même de l'Ordre et éclaire, par exemple, le rituel d'élection du Grand Maître, par paliers successifs. On comprend mieux l'attitude d'un valeureux guerrier comme Evrard des Barres qui se démet de sa charge pour entrer dans la vie plus spéculative de Clairvaux; de G. Hérail ou de A. de Périgord; et bien sûr de Robert de Craon, véritable fondateur de l'Ordre, qui parvient à amalgamer ces deux aspects apparemment contradictoires : monacal et guerrier en un tout cohérent et efficace.
Cette notion de hiérarchie monacale, distincte de la hiérarchie militaire, n'a donc rien à voir avec l'idée d'une hiérarchie parallèle secrète, occulte, qu'on trouve évoquée parfois. . . Elles ont chacune leur fonction propre et ne se confondent pas. L'Ordre monastique du Temple a ses règles internes, qui ont peu à voir avec le commandement de la Milice combattante, au niveau du fonctionnement s'entend.
On considère souvent synonymes et interchangeables les vocables « Commandeur» et «précepteur ». Chaque maison (ou groupe de possessions et annexes) est placée sous l'autorité d'un gestionnaire, le commandeur, qui l'administre sur le plan concret, en tant que responsable temporel, représentant l'Ordre à l’extérieur. Un simple frère, mandaté pour une mission donnée, peut à l'occasion porter ce titre. Pour autant, la maison qu'il représente alors n'est pas forcément importante et autonome. Le précepteur apparaît comme le chef spirituel de la communauté et veille à l'orthodoxie, au respect de la « ligne» de l'Ordre définie par les chapitres des niveaux supérieurs, dont émane son autorité. Sauf exception, il n'est pas un prêtre ordonné (c’est au chapelain de dire la messe et d'administrer les sacrements). Il est parfois en même temps commandeur de la maison dans laquelle il réside : on peut être à la fois précepteur et commandeur à Douzens ; comme il peut y avoir simultanément, à Douzens, un précepteur et un commandeur; tel dignitaire peut passer d'un rôle à l'autre. .. Il n'y avait pas de précepteur dans toutes les maisons. . .
Certains précepteurs sont désignés comme « visiteurs» pour une province, ce qui est en soi explicite. Ils assurent l'unité de l'Ordre. Ils sont souvent Maîtres de Province. Outre Jacques de Molay, les derniers dignitaires à être jugés furent : Hugues de Payraud, Grand Visiteur de France; Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, Geoffroy de Gonneveille, précepteur d'Aquitaine et du Poitou. Il n'est pas interdit de penser que, pour l'Ordre, considéré dans sa vie interne, le personnage essentiel ait été à une certaine époque Hugues de Payraud...! Au-delà même de ses hautes fonctions régionales...
Sur le plan local en revanche, il n'est pas rare qu'un riche donat devienne rapidement, immédiatement parfois, le commandeur de la maison qu'il a donnée. Il ne deviendra pas aussi facilement précepteur, on le conçoit : le cumul des fonctions n'existe pas en ce sens. Il va de soi que le frère isolé dans une grange éloignée a un statut particulier, mais il est rattaché à un Couvent, au chapitre duquel il a voix. Dans les maisons importantes, autour des éventuels, fratres- milites, vivent des fratres servientes armigeri, et surtout les moines « ordinaires» que sont les donats, des affiliés à titre divers (pensionnaires en retraite spirituelle, pupilles, frères lais à titre temporaire, donnant une partie de leur temps au service de la maison...), des domestiques et leurs familles (servientes famili et office), des visiteurs occasionnels (pèlerins). Tous vivent ensemble, selon la Règle de l'Ordre et tous jouissent de sa protection.
Les chapelains de l'Ordre n'ont rien à voir avec le clergé local ou l'évêché. Parmi les Templiers, ils sont les seuls à être ordonnés prêtres; donc, ils sont les seuls à assurer le rite. Les Templiers doivent se confesser à eux, et seulement à eux, sauf urgence. L'Ordre dispose à travers eux d'une indépendance absolue, qui leur a été accordée par la bulle «Omne datum optimum» qui, les instituant en 1139, dégage l'Ordre de l'obéissance à la hiérarchie ecclésiastique, l'autorité pontificale étant la seule reconnue :
« Pour que rien ne manque au salut de vos âmes, vous devrez vous adjoindre des clercs et des chapelains, à tenir en votre maison et ses obédiences, même sans l'assentiment de l'Évêque du diocèse, par l'autorité de la Sainte Église de Rome. Les chapelains doivent faire un noviciat d'un an, et s'ils se montrent fauteurs de troubles, ou simplement inutiles, vous devez les renvoyer et en choisir de meilleurs. Ils ne doivent pas se mêler témérairement du gouvernement de la maison, à moins que le Maître ne le leur demande. Ils ont la cure des âmes, pour autant que le Maître et les frères le désirent. Ils ne sont assujettis à personne, en dehors du chapitre. »
M. de Loisné présente, dans le Bulletin philo logique et historique (1917), des dizaines de bulles pontificales en faveur du Temple. Une forte proportion concerne les chapelains. Est réaffirmée l'autorité de l'Ordre par rapport à la hiérarchie séculière. Déontologiquement, le fait est important; il l'est aussi sur le plan concret, historique, car il institutionnalise un certain mode de relations entre deux autorités religieuses qui, sur le terrain, s'affronteront souvent à propos de possessions et de privilèges. Un fait actuel aide à comprendre le problème: il y a quelques années, les milieux ecclésiastiques ont été agités par l'affaire de l'Opus Dei auquel Jean-Paul II a accordé ce que ses prédécesseurs avaient refusé, à savoir la «prélature personnelle ». Autrement dit, l'indépendance par rapport au clergé séculier et le rattachement direct à Rome - ce qui ne veut pas dire que le pape est chef de l'Opus Dei ou en fasse partie. Il est loisible d'établir un parallèle avec le Temple, d'autant que l'Opus Dei est aussi une puissante « multinationale» appuyée sur un réseau bancaire également puissant et que ses membres ont, eux aussi, prononcé le triple vœu de pauvreté, chasteté et obéissance...
La Règle du Temple était constituée par la « Règle latine» initiale, donnée au concile de Troyes par le pape Honorius, (rédigée - ou inspirée, dit-on par Bernard de Clairvaux), complétée en 1139 et 1140 par Innocent III sous le magistère de R. de Craon, précisée par les «Retraits» en 1165, par les «Statuts» (1230 et 1240) et par les «Égards », en 1270. Règle concernant en fait la Milice combattante plus que l'Ordre monacal, organisé selon le schéma cistercien. Les maisons avaient leur règlement propre, sous l'autorité du Précepteur, sous le contrôle du visiteur. Ces règlements étaient établis par le Chapitre. Le commandeur en assurait l'exécution.
Des chapelles existaient dans de nombreuses maisons, au moins dans celles qui méritaient le nom de couvents, eu égard à l'effectif des frères y habitant. Leur édification était sans doute de règle dès qu'une telle maison se constituait. Souvent, la chapelle est dans le donjon; parfois elle est très exiguë. Sa présence fait vraiment, de telle propriété de l'Ordre, une «maison du Temple », spirituellement importante. Les inventaires établis de 1307 à 1320 font état d'une richesse relative très nette de la chapelle, par rapport aux autres parties de la maison, où la rigueur est de règle. A. Higounet-Nadal a étudié l'inventaire de Sainte-Eulalie du Larzac; Dubourg, celui de Toulouse, qui révèle une opulence réelle du mobilier et de la décoration.
Souvent, ces édifices étaient accessibles aux gens du pays, et dans les villages où ils étaient seigneurs temporels et spirituels, les Templiers, si besoin était, construisaient une église de taille suffisante, à l'image de leur autorité, pour remplacer un bâtiment trop petit, ou en mauvais état ( cf. Montsaunès ). Le chapitre suivant parlera de ces églises templières.
Comment entre-t-on au Temple ? Il faut évoluer avec circonspection parmi les écrits, qui confondent parfois cérémonie d'adoubement d'un nouveau chevalier avec sa symbolique, d'une part, et d'autre part, la réception dans l'Ordre, présentée comme une épreuve initiatique complexe, chargée d'ésotérisme. A une personne qui souscrit un engagement volontaire d'un an dans la Milice, à un novice qui désire se faire moine, on ne demande aucun engagement définitif, au-delà de l'acceptation de la Règle et de la promesse d'obéissance. Les rites sont sans doute propres au Temple; et les formules, spécifiques. Mais on est alors bien loin de la réception dans l'Ordre et encore plus loin d'une cérémonie d'initiation. S'il existe des « secrets »; il est hors de question de les indiquer à des gens tout neufs... Cela dit, une éducation spirituelle, une culture progressivement acquise, préparent les novices à l'admission effective dans l'Ordre, et se prolongeront par la suite. Il en est de même dans tous les ordres religieux.
Il faut donc d'abord accepter la Règle...
«Promettez à Dieu et à Notre-dame, que vous obéirez toute votre vie au Maître du Temple, et au commandeur sous les ordres duquel vous serez placé.. .
« Encore que tous les jours de votre vie, vous vivrez sans propre... (Sans biens personnels).
« Encore, promettez à Dieu et à Madame Sainte Marie, que tous les jours de votre vie, vous respecterez les bonnes coutumes établies en la maison, et celles que le Maître et les prud'hommes pourront y ajouter...
«- Oc, Sire, si Dieu plaist...
« Et vos, ci vous accueillons et ci proumettons dou pain, de l'aigue et la povre robe de la maison, et de la poine, et du travail assez...»
Avec beaucoup de vivacité, A. Peyriguer conte la réception à Montsaunès du comte de Comminges qui se donne au Temple, en 1180. Faste et grande foule d'évêques, d'abbés, de nobles, en l'église hautement parée pour la circonstance. L'impétrant est le plus puissant seigneur de la contrée, bon et sincère chrétien et généreux donateur. Il s'agit ici d'une oblatures, c'est-à-dire de la possibilité d'être accepté dans l'Ordre, sans avoir à prononcer ses vœux définitifs, pour y être accueilli pour de pieuses retraites, ou pour toujours et, surtout, y être enterré dans le cimetière de la maison, en habit de Templier. La formule rappelle la forme d'engagement dans la Milice, et, de fait, après que le chapelain aura pr.9cédé aux saintes onctions, après que le comte aura prêté serment sur l'Evangile, il sera admis en tant que «chevalier du Temple ».
On connaît d'autres réceptions de grands personnages : Raymond-Bérenger Ie comte de Barcelone, prend l'habit du Temple le 14 juillet 1131... et meurt le 19, en léguant tous ses biens à l'Ordre et en ayant peut-être prononcé ses vœux. Par la voix d'Hugues Rigaud, le Temple très habilement les rétrocède à son fils qui fait alors don de la forteresse de Graftena. Il jure de servir à sa défense, avec vingt-quatre chevaliers catalans. Son amitié et sa faveur ne se démentiront pas.
Nous l'avons perçu dans les Pays d’Aude : certains, qui se donnent au Temple, n'envisagent pas d'aller combattre en Terre Sainte, ils n'en manifestent pas de hâte excessive. En 1286, Bernard d'Audubran se donne à l'Ordre (inféodation) avec tout ce qu'il possède à Padierne, près d'Argenteins, et déclare vouloir « se rendre à la maison, vêtu de son armure et tout équipé, et d'user sans murmure du pain et de l'eau qui lui seraient fournis par le Temple pour sa nourriture ». Soit. Il ajoute : « lorsque je serai débarrassé de tout embarras mondain »... Le seigneur de Pardaillan cède son fief de Compostelle, près de Nérac, contre la faveur d'être enterré dans le cimetière de la Commanderie, «même si la mort vient le surprendre avant qu'il ait le temps, comme il le promet, d'entrer dans l'Ordre». La sincérité de ces gens n'est pas à mettre en cause, le salut de leur âme est en jeu. Mais on peut se demander quel est le statut réel de ces donations.
D'autres personnes se donnaient, corps et biens, immédiatement, pour une vie entière. Les textes n'ont pas conservé le nom de ces « donats », lesquels n'avaient parfois à offrir que leur force de travail... Ils devaient être nombreux mais la liste des donations connues assorties d'une entrée dans l'Ordre est limitée. Certains entraient «par une petite porte », ne serait-ce que parce que, étant mariés, ils ne pouvaient, en principe au moins, prononcer leurs vœux. Y avaient-ils des femmes dans les maisons de l'Ordre? L'article 69 de la Règle est consacré aux fratres conjugati, accueillis si les conjoints le demandent ensemble, pourvu que l'un et l'autre concèdent à leur mort leur part de biens et de ce qu'ils auront acquis en plus. Ils doivent mener une vie honnête, mais ne peuvent demeurer dans la même maison que ceux qui ont promis à Dieu la chasteté. Largement associés à la vie de l'Ordre, ils constituent un groupe distinct (cf. Magnou). L'Ordre s'occupe des veuves de ces donats, mais ne les remarie point : « Que les sœurs ne se remarient point ! Il est dangereux d'allier davantage les sœurs, parce que l'ancien ennemi, par la compagnie des femmes, en a bien chassé du chemin du Paradis...» Si on cite un couvent de femmes templières en Bourgogne, le terme « sœur du Temple» n'apparaît qu'une seule fois, en Roussillon. Le Temple est sur ce point plus réticent que les Hospitaliers, lesquels comptèrent dans le Midi (plus tard il est vrai) plusieurs femmes-commandeurs. Depuis longtemps, l'Ordre de Malte accueille les femmes : il y eut un couvent de sœurs maltaises à Toulouse.
Le tutorat est d'usage courant, l'accueil d'un enfant est interdit. On ne pouvait être armé chevalier qu'à seize ans, mais on pouvait entrer au Temple, comme novice, à partir de quatorze ans. L'accueil d'un jeune noble, sa formation morale et l'apprentissage du métier des armes en font un chevalier, libre de son choix : prononcer ses vœux et devenir un moine-combattant, un Templier en plein sens du terme; ne s'engager qu'à terme dans la Milice, ou pas du tout, et rentrer dans la vie civile. Gageons qu'en ce cas il restera probablement un ami fidèle de l'Ordre.
E. Magnou, dans son remarquable article « Oblature, classe chevaleresque et servage dans les maisons méridionales du Temple» (Annales du Midi - 1961), cite une trentaine de cas d'oblatures concernant des enfants, ce, pour le seul Rouergue. Entorses à la Règle ou interprétations de ladite ? Ou mise en pension précoce ? L'intéressé, là aussi, a la capacité de quitter librement le Temple à l'âge de seize ans, avant ses vœux définitifs. Auquel cas (exemple donné) le Temple lui rendra 400 des 500 sous versés par son père.
Si l'entrée dans la Milice combattante offrait une dimension de vie extraordinaire et promettait le salut éternel au terme d'une aventure terrestre hors de pair, elle exigeait aussi, en regard de l'épopée, et même dans le contexte d'un engagement temporaire, abnégation, humilité et renoncement. Vertus que nous retrouvons, non moins intenses, chez ceux qui, dans les couvents, ont renoncé au monde pour des travaux ingrats et obscurs. La vie monacale serait insupportable, si elle n'était soutenue par un engagement fervent, absolu, une foi de charbonnier, disciplinée dans ses rites et manifestations. Quelle était donc la vie des moines ? Par quel souffle de foi étaient-ils animés ?
La nuit n'est pas achevée sur le Quercy. Déjà levé, le Templier de Lacapelle-Livron est peut-être prêt à «recevoir la couronne du martyr s'il va à la bataille », mais, serrant son manteau grossier sur sa robe de bure, il sait surtout que la journée sera rude, dans les champs ou à l'atelier. Ici, les frères, sauf quelque novice rêvant de gloire, sont des donats entrés dans l'Ordre avec humilité, pour prier, pour travailler de toutes leurs forces à enrichir le trésor de guerre de la Milice. Et ce, jusqu'à ce qu'arrive la nuit prochaine... Jusqu'à ce que la mort soit venue... Ils seront alors enterrés, anonymement, au cimetière de la maison, dans leur habit quotidien (seuls, les chevaliers auront droit au blanc manteau) et leur salut sera assuré. Ici, comme à Vaour, comme à La Selve (les deux maisons les plus proches), ils sont une dizaine de frères, dont quelques chartes nous apprennent que, nobles ou non, ils ont apporté à la maison le petit bien propre que le partage familial leur accordait, bien qui arrondit le patrimoine du couvent.
Avant tout, en ce jour qui commence, il faudra écouter la messe et réciter treize patenôtres. La première messe est à quatre heures en hiver, la seconde à six. Toute nourriture est interdite avant d'avoir entendu ou dit les soixante obligatoires « paters » matinaux, trente pour les vivants, trente pour les morts... Si, dit-on, on mange bien chez les Templiers (dans les camps militaires ? dans les couvents ? : la chronique ne le précise pas.. .), on mange en silence, et, pendant le repas, on s'exprime par gestes. Un clerc lit les Saintes Ecritures. (Pourquoi les Templiers de maison seraient-ils plus rustres et ignorants, et, surtout, moins « religieux» que les autres moines ?).
Le reste de la journée est occupé par le travail, chacun, chevalier ou non, ayant un rôle déterminé, sans distinction de naissance (au moins dans la plupart des maisons), chacun étant, dans le Couvent, « frère de métier », à l'exception des dignitaires et du chapelain. (Pourquoi en serait-il autrement que chez les Cisterciens de saint Bernard ?) Certaines chartes nous livrent d'ailleurs tous les noms des frères, ainsi que leur fonction. Forge, tissage, confection, cuisine, boulangerie, travaux des champs, jardinage, sont répartis entre tous. La formule n'a rien d'original, elle est celle de tous les monastères... Les plus dures besognes sont réservées aux pénitents (frères ayant commis des fautes contre la Règle), aux prisonniers parfois (de droit commun, lorsque le commandeur est seigneur du lieu et détient le pouvoir de justice), parfois aux esclaves (il y en eut !) et, surtout, si les moines sont trop peu nombreux, aux ouvriers salariés de la maison, lesquels étaient considérés et valablement payés, Aucun loisir n'est prévu... sauf la prière. L'obéissance absolue, premier vœu monastique, est requise en tout instant.
Nul ne peut échapper à la règle, qui est un lacis d'interdits, propre à la discipline monacale et militaire de l'Ordre. Un code très complet prévoit les errements possibles, de la peccadille au sacrilège, ainsi que les punitions correspondantes. Toute velléité de rébellion personnelle est brisée. L'individu s'efface dans l'entreprise spirituelle de son couvent, dans l'entreprise lucrative du domaine, dans l'entreprise militaire de la Milice, et, à tous les niveaux, devient un rouage discipliné et efficace au maximum. Ces règles valent pour tous, chevaliers, donats, convers... gardant le troupeau sur le causse, réparant les harnais des roussins, priant avec dévotion, accueillant mendiants et pèlerins, creusant un puits, rédigeant une lettre de change ou chantant la messe...
Après avoir récité quatorze patenôtres, le chapitre hebdomadaire a pris place dans la chapelle. Sous l'autorité du commandeur ou, selon l'aspect des problèmes, du Précepteur, le chapitre règle les questions de vie quotidienne, de gestion, de discipline. Le commandeur a tous pouvoirs pour faire appliquer les règles de l'Ordre, mais, sur le plan interne, son autorité émane du chapitre, sans lequel il ne peut prendre de décision importante et dont il fait appliquer les conclusions : «Tous les frères doivent obéissance au Maître, le Maître se doit d'obéir au Couvent ». Penser «démocratie» serait trop fort : il s'agit de l'application exacte d'une règle, qui place chacun à égalité devant elle et exige une obéissance totale et constante. Le vœu d'obéissance est le premier des trois vœux monastiques liant les frères, en même temps que ceux de pauvreté et de chasteté.
À l'époque, la pauvreté était considérée, soit - quand elle était subie comme née du péché, comme une maladie, comme une épreuve… " Soit - quand elle était voulue et vécue volontairement - comme un moyen sûr d'accéder à la sainteté. Dès lors, il s'agit d'aimer et aider les pauvres, en étant pauvre soi-même, pauvre parmi les pauvres. Le Temple propose une logique impeccable : chaque Templier, même de haut grade, ne possède rien en propre et est lui-même, individuellement, un pauvre, volontaire et militant. La charité de l'Ordre ne s'est jamais démentie, n'a jamais été mise en cause. Elle s'est constamment manifestée par l'accueil et la protection des pèlerins pauvres et en difficulté, par l'accueil et le service des pauvres. Si la Règle prévoit que les reliefs des repas, destinés aux pauvres, doivent être « aussi beaux et aussi entiers que possible », il y a là signe de bonne gestion et de bon conseil . Les maisons avaient une clientèle « officielle» et régulière de pauvres du secteur, lesquels devenaient plus nombreux en cas de trouble ou de disette.
Mendicité et charité n'ayant jamais réduit misère, le Temple s'est attaqué à la racine du mal, en particulier en colonisant des terres nouvelles pour multiplier les tenures, en créant des stocks de réserve dans des greniers-donjons, en assurant la paix et la sécurité, en accordant des baux emphytéotiques, en luttant contre l'usure... En accroissant l'impact SUF une nature rendue plus productrice, en organisant et protégeant échanges et commerce, il tendait à modifier les conditions de vie des plus défavorisés, et, surtout, à changer le mode de réaction à la misère, propre à l'époque; résignation, accablement, abandon. .. On ne saurait parler déjà de justice sociale, ni d'un monopole de la charité, mais seulement d'une ébauche de solutions pertinentes...
Chasteté : « Nous croyons être périlleuse chose de trop regarder visages de femmes et, pour cela, que nul n'ose baiser femme, ni veuve, ni pucelle, ni mère, ni sœur, ni nulle autre femme...»
Il n'est pas étonnant que nous disposions à ce propos - pudeur oblige - que de peu de documents d'époque... A défaut, la littérature romanesque accorde une assez large place à ce sujet et offre, dans le contexte moyenâgeux, des résonances de nos pensées modernes, tels qu'en eux-mêmes, l'éternité pérennise les sentiments amoureux, tout au moins - à tort ou à raison - sous la plume des auteurs s'inspirant peu ou prou de la poésie courtoise. Pour mémoire, rappelons les accents profondément humains du vieux commandeur du Bûcher, quant à la cicatrice d'un amour de jeunesse, au moment du siège de Minerve... la « situation périlleuse» qu'Udaut réussira à surmonter... la belle histoire d'amour entre Guillaume d'Encausse, chevalier rouergat, et Adeline, dans Les Templiers de Jérusalem... l'ambiance farouche des Pyrénées ariégeoises, les amours contrariées, les jalousies et les violences du roman de Cazenave : Le Retour du Templier.
Par opposition à ces beaux sentiments, la sexualité -la plus dépravée d'ailleurs - a fait l'objet a posteriori d'une accusation très vive concernant les Templiers. L'historien Du Mège, déjà cité en amont, a publié un « texte très ancien» (sans référence) dont nous tirons :
« Item, les Maistres qui fesaient frères et sœurs du Temple, aux dites suers, fesaient promptement obédience et chastée... Et quand les dites suers étaient entrées, Ii dits maistres les dépuc... et autres suers, qui étaient de bon âge, qui pensaient être venues en religion, pour leur âme sauver; il convenait par force que les dits maistres en faisaient de leur volonté et en avaient enfans des dites suers et Ii dits maistres, de leurs enfans, faisaient frères de la religion...»
Accablant pour les Templiers méridionaux ou trop « beau» pour être vrai...? Ce texte est à rapprocher de deux documents, réels à défaut d'être probablement objectifs. Dans le libellé des chefs d'accusation établi en 1307, on lit :« Ils brûlaient tel frère mort en son idolâtrie et malice, et la cendre qu'ils tiraient de la combustion, ils la mêlaient aux aliments des jeunes profès, afin que ces derniers fussent pénétrés de la même idolâtrie et malice; ils adoraient une idole, vieille peau d'homme embaumée et de toile peinte, ayant des yeux d'escarboucle reluisants comme le ciel. Ils l'oignaient de la graisse du cadavre d'un nouveau-né, fils d'un frère et d'une pucelle...»
Le Dictionnaire de Trévoux propose une autre piste, en 1771. Sous le vocable «Temple », il est peu tendre pour l'Ordre, mais sans outrance. Puis il définit le terme « Templiers» :
« Secte d'hérétiques du XIe siècle, qui, à Jérusalem, fréquentaient assidûment temples et églises; ils avaient un simulacre, fait avec beaucoup d'art, couvert de la peau d'un homme; à la place des yeux, deux escarboucles fort brillantes. Ils faisaient des espèces de sacrifices à cette statue, réduisant les corps en cendres et faisant boire ces cendres aux assistants, pour les fortifier. Quand il était mort quelqu'un, né d'un Templier et d'une fille, ils rôtissaient son corps et frottaient leur statue de la graisse et du suc qui en dégouttaient. »
La filiation entre ces deux textes est patente. Dès lors, ou Nogaret a triché en attribuant aux Templiers les agissements de cette secte... ou les rédacteurs de 1771 ont triché, accusant implicitement Nogaret de mensonge, pour dédouaner l'Ordre d'une accusation perverse. Le texte de Du Mège émerge du brouillard et trouve peut-être son origine en Bretagne où traînent de vilaines histoires ou légendes concernant les moines rouges du Temple, méchants hommes libidineux et violeurs de femmes...
Objective, la Bulle de 1139 concède au Temple la faculté de construire chapelles et oratoires privés, car « il est indécent et périlleux pour les âmes, que les frères profès, en allant à l'église, se doivent mêler à la tourbe des pécheurs et des fréquentateurs de femmes...» Vœu de chasteté, soit, mais aussi prudence et méfiance, peur du démon caché sous les jupes. .. Misogynie.
Les détracteurs des Templiers disent qu'ils étaient « plus actifs au combat qu'à l'office »... Essayons de pénétrer, au-delà des vœux monastiques, en la croyance même des Templiers, ou, tout au moins, d'en éclairer, avec prudence, certains aspects, sans prétendre définir et expliquer cette croyance et sa spécificité.
Le Temple voue un culte particulier à la Vierge; il est établi « en l' onor de Nostre Dame, parce que Nostre-Dame fut le commencement de notre religion, et en li l'a l' onor de Ii sera, si Dieu plaist, la fin de notre religion, quand Dieu plair que ce soit...» (par religion, il faut entendre « Ordre»). Notre- Dame est intercesseur entre la Volonté Divine et la Terre; le Temple la prend pour protectrice, tout au long de son histoire... Le culte marial doit beaucoup de l'impulsion nouvelle qu'il connut au Moyen Âge, à saint Bernard. Certains y voient la réinsertion - inversée du culte (celtique ? païen? universel..?) de la Déesse-Mère, prostituée divine, mère des dieux... Il y a peu de vierges noires dans le Midi, elles sont en pays templier : Pézenas, Marceille (près de Limoux), Montsaunès. .. Mais cette dernière est postérieure à l'Ordre. Le développement de la thèse irait dans le sens d'un ésotérisme chrétien, cultivé donc par les Templiers, que saint Bernard aurait chargés de perpétuer des croyances et des savoirs antérieurs au christianisme, par le biais d'une transposition, connue et maîtrisée par les seuls « initiés ». Soit.
La moitié des prières quotidiennes dues par les frères s'adressaient à la Vierge, ou plutôt à Notre-Dame. Charpentier prétend que, «comme pour l'Ordre de Cîteaux, toutes les chapelles templières étaient sous le vocable de Notre-Dame» et il indique que la plupart d'entre elles, lors de la vocation aux Hospitaliers, passèrent sous le vocable de saint JeanBaptiste. La vérification n'est ni facile, ni probante...
Ce saint Jean qui fait mystère et qui est peut-être un amalgame entre plusieurs saint Jean: saint Jean l'Aumônier, dit l'Hospitalier, fondateur de l'Hospice de Jérusalem, qui a engendré l'Ordre des Hospitaliers, actuel Ordre de Malte... saint Jean-Baptiste, le Précurseur, celui qui, baptisa le Christ, lui conféra le pouvoir d'accomplir sa mission; saint Jean l'Evangéliste, le «préféré du Seigneur », celui qui chante la louange de Dieu et donne à la Religion la dimension de l'Amour Divin. Il est à l'origine de l'Église d'Éphèse, Église de l'Esprit fondée sur la Parole, Église plus spirituelle et ésotérique - voire initiatique - que celle de Rome. Or, les Templiers furent, en Terre Sainte, très proches de cette Église. Or, les Cathares avaient, pour livre sacré, l'Evangile selon saint Jean, différent des synoptiques, marqué par un dualisme très clair. Or, les premiers degrés d'initiation maçonnique sont dits : « loges de saint Jean ». Enregistrons ces faits en signalant qu'ils sont exploités par ceux qui voient une affinité spirituelle entre Templiers et hérétiques cathares, ou une charge d'ésotérisme contenu dans la doctrine templière. De l'Ordre, nous ne possédons aucun texte recelant des indices allant dans ce sens.. . Notons enfin que divers ordres de chevalerie font référence à saint Jean, ou à l'Aigle, qui est l'attribut de 1 'Évangéliste.
On peut dresser une liste des saints qui paraissent avoir été les saints de dilection de l'Ordre: saint Hilaire et sainte Radegonde, sans doute parce qu'ils sont fêtés le 13 janvier, jour où l'Ordre reçut sa Règle, en 1128. Furent vénérés les saints hospitaliers: saint Christophe ( qui a une chapelle à Montsaunès), saint Jacques auquel fut dédiée l'église reconstruite de Montsaunès et qui est, bien sûr, très présent sur les routes de Compostelle; saint Julien l'Hospitalier, dont une étude sur le plan régional met en lumière la multiplicité de voisinages entre une église à lui dédiée et une maison de l'Ordre, ce saint Julien dont une «Vie », antérieure à 1267, découverte à Bruges, indique qu'en quittant la Terre Sainte, il rencontra les Templiers et s'engagea dans leurs rangs (une autre légende dit qu'il devint hospitalier... même s'il s'agit d'un autre Julien parmi les trente-cinq que cite le martyrologe romain et qui se sont amalgamés) saint Ferréol, son compagnon fidèle... Il faut noter les saints locaux, dont le nom est une désinence de l’éponyme : Christophe, Christaud, voire Christie... Frajou, Ferjeux, Frachoux.. . Jammes, Jaime... À Puycelsi, existe une chapelle Saint-Jammes, qui est dite «chapelle des Templiers»...
Il y a aussi sainte Madeleine, dont le nom est associé aux Compagnons du Devoir, lesquels auraient été patronnés par les Templiers, et qui étaient à leurs côtés à Vézelay, quand saint Bernard prêchait la Croisade, en la basilique Sainte-Madeleine précisément. Sainte Madeleine, c'est aussi la Rédemption, l'espoir du pardon et du salut, même pour les plus grands pécheurs. C'est aussi, selon certains, la possible épouse de Jésus... n y a sainte Catherine, saint Thomas de Canterbury, saint Denis, saint Blaise, patron des maçons, saint Protais et saint Gervais... sans qu'on puisse avancer d'explication, au-delà de la constatation qu'ils se trouvent souvent dans des zones templières...
On peut penser que le nom d'une église donnée à l'Ordre a pu changer, de même que des lieux ont pu être dotés d'un nom nouveau. Piste discutable, difficile à explorer avec rigueur, même sans attendre de conclusions fermes. Les archives anciennes, quand elles existent, ne donnent que très rarement d'indications... On peut seulement dire que certaines dévolutions ont changé au cours des siècles, pour des raisons non connues. Il faut surtout se garder de croire que toutes les églises dédiées à tel saint ci-dessus citées n'ont pu l'être que par référence ou sous l'influence des Templiers. Il reste que certaines fréquences dans la toponymie retiennent parfois l'attention.
Si, autour de Vaour, on imagine un cercle englobant une cinquantaine de paroisses, repérées sur la carte d'état-major, complétée par un annuaire de l'évêché donnant le patronage des églises, on trouve effectivement sept cas, à: Vaour, Souel, Montrozier, Montels, Laval, ltzac et Castelanau..., où l'église est dédiée à Notre-Dame. Et dix-huit autres cas dont le patronage apparaît dans la liste ci-dessus établie, certains d'entre eux étant insérés dans des chartes de donations à l'Ordre. La zone considérée n'appartenait pas au Temple, mais sa présence et son influence y étaient importantes : dix églises, dans ou hors de cette zone, dépendaient peu ou prou de la Commanderie (nombre assez exceptionnel). Hasards, peut-être? Peut-être. Contre-épreuve : au sud immédiat de cette zone, à l'est de Toulouse, entre Graulhet et le canal du Midi, dans un secteur beaucoup plus vaste, dont les Templiers sont absents, nous ne retrouvons ces vocables, hormis Notre-dame, que très rarement, dans une proportion très inférieure.
Revenons à nos moines... Ils étaient moines, liés à vie par les vœux qu'ils avaient prononcés. Pour les survivants du Procès, la dissolution de l’Ordre ne les en dégagea pas. À ceux qui n’avaient pas été accueillis en d'autres «religions» après avoir été réconciliés avec l'Eglise (l'Ordre de Montesa, en Espagne, semble avoir été créé à cet effet), une bulle pontificale, datée de 1317, rappelle le vœu de chasteté et interdit le mariage, sous peine d'excommunication, rappelle le vœu d'obéissance et ( qui sait, en référence au vœu de pauvreté ?) menace ceux qui mèneraient mauvaise vie de la suppression de la pension qui leur était octroyée (nous sommes en Catalogne...).
Lorsqu'un Templier mourait, on l'enterrait dans le cimetière de la maison, non dans un cercueil, mais, face contre terre, sur une planche à laquelle - selon le rite cistercien - était cloué son habit de maison. Le Frère drapier, économe de la communauté, reprenait armes et vêtements. Seuls, quelques dignitaires échappaient à cette règle. La Commanderie marquait la disparition par l'accueil supplémentaire de quelques pauvres... Une légende veut que le dernier Templier de la région s'éteignit au Bézau en 1355.
« La Prière des Templiers en prison» fut déposée au Procès, en avril 1310, lors d'une session de la Commission pontificale siégeant à Paris:« Que la grâce de l'Esprit Saint nous assiste... Que Marie, l'Étoile de la Mer, nous conduise au port du Salut. .. Amen...
Seigneur Jésus, Christ Saint, Père Éternel et Dieu Tout-Puissant, sage, créateur, dispensateur, administrateur bienveillant et miséricordieux, pieux et humble Rédempteur, Sauveur clément et Ami très aimé, je Te prie humblement... Accorde-nous, Seigneur en qui sont et de qui proviennent toutes vertus, bienfaits, dons et grâces de l'Esprit Saint, accorde-nous de connaître la Vérité et la Justice, de prendre conscience de la faiblesse et de la débilité de nos pauvres chairs, de nous plier à la véritable humilité...
Sainte-Marie, Mère de Dieu, Mère très pieuse, pleine de gloire, Sainte Mère de Dieu, Mère toujours vierge et précieuse, ô Marie, Salut des infirmes, Consolatrice de ceux qui espèrent en Vous, Triomphatrice du mal et Refuge des pécheurs repentants, conseillez-nous, défendez-nous. ..
Dieu tout-puissant et éternel, qui tant aima le Bienheureux Jean l'Évangéliste, Ton Apôtre, et le laissa reposer sur Ton cœur, à la Cène, qui lui révéla les célestes secrets, et le recommanda, de la Croix où Tu gisais pour le Salut du Monde à Ta Sainte Mère et Vierge, en 1 'honneur de qui notre Religion a été fondée, délivre-nous et conserve celle-ci, par 1 Ta Sainte Miséricorde...»


extrait de : Les templiers des pays d'oc et du roussillon de Simon JEAN

 

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