La
donation initiale, totale, était celle d'un immense domaine,
très probablement issu d'une ancienne villa gallo-romaine,
ainsi que des fouilles semblent le prouver. Les Templiers y occupaient
une maison fortifiée, avec donjon. Ils étaient seigneurs
de ces lieux mais rendaient également la justice en d'autre
fiefs : Figarol, Mazères, Canens, Lafitte, Cadeillan, Couts,
Aussein. L’église antique, construite sur un ancien
temple de Mythra, fut rasée par les Templiers au XIIIème
siècle, et remplacé par l’édifice actuel.
Il s’agit d’une église de briques et de pierres, dotée à l’ouest
d’un mur clocher. Trois portes : une en façade pour le peuple,
une au nord pour les Chevaliers et une au sud conduisant au cimetière
(disparu) et à la « rectorerie ». Du logement du Commandeur
et des Chevaliers au nord, il ne reste qu’un puit.
Le plan de l’église est simple, un cœur semi-circulaire,
une nef rectangulaire et à leur jonction, une tour escalier qui
servait d’accès aux combles et à la galerie extérieur.
L'église servait peut-être de donjon à la Commanderie
: une galerie de bois cernait son sommet. La rectorerie semble bien avoir été un
lieu d'accueil pour les pèlerins : une coquille marque son linteau,
Montsaunès était une étape importante sur la route
de Compostelle, et l'église est dédiée à saint
Jacques...
À l'extérieur, des détails de décoration, extrêmement
curieux et originaux, retiennent vite l'attention. On discute sans fin, par exemple, à propos
des chapiteaux de l’entrée : là, un genou gauche découvert;
ici, un Christ bénissant, issant d'une vasque qui serait le Graal. ..
Sous un chrisme le portail ouest comporte un bandeau en demi-cercle, sculpté de
cinquante-deux figures humaines, accolées deux par deux. Celles du centre
sont sereines, presque souriantes; celles du bas sont grotesques et grimaçantes... À la
porte sud, une curieuse figure circulaire taillée en méplat dans
le claveau, un petit boudin plat définit un espace rond où est
grossièrement sculptée une croix. Les branches correspondant à la
verticale s'en écartent un peu, elles sont ornées sur la gauche
d'une sorte d'étendard. Les deux autres branches, presque perpendiculaires,
semblent être le support d'un serpent enroulé. Le montant gauche
de la même porte, ainsi que d'autres endroits sur les murs, est couvert
de graffitis, de gravures : arbalètes, croix, roues avec trou central
(cadrans solaires), tous signes que nous avons pu relever ailleurs à Sainte-Matrone
toute proche, et sur des édifices vendéens ayant appartenu au Temple
: chapelle de la Féolette, église de Puyravault... Mais c'est surtout
la décoration intérieure qui étonne profondément
et pose des questions absolument insolubles. Excluons du descriptif les dessins
exécutés à une époque plus récente que celle
qui nous intéresse. La voûte est entièrement décorée
de motifs géométriques en ocre rouge sur fond blanc: sur un semis
d'étoiles, (deux croix superposées ?) régulièrement
alignées, se multiplient des rosaces (marguerites) de modèles divers, à six
branches pour la plupart, et parfois à quatre. Certains y voient des motifs
orientaux, d'autres des croix celtiques... Au plafond également, une sorte
de bannière avec, dominant une croix templière, un bandeau de couleur
ocre, orné de neuf triangles blancs et surtout un carré figurant
un svastika (ou bien, dont la répartition des noirs et des blancs, selon
médianes et diagonales, évoque un svastika?) En haut des murs, à l'amorce
de la voûte, une bande peinte représente des personnages (non identifiés)
dans des sortes de loges.
La décoration du mur ouest intérieur paraît d'une
facture différente. Encore des rosaces, mais surtout des dessins énigmatiques
: « maison de Dieu» avec chrisme, damier et fleurs d'iris;
centaure armé d'un arc (en un mot, un sagittaire) visant un cerf
poursuivi par un gros chien noir; et, surtout, un rectangle composé de
huit bandes de cinq carrés (proportion : 1, 6; nombre d'harmonie,
proche du nombre d'or). Des diagonales sont tracées dans neuf
de ces carrés, composant un autre carré. Dernier détail.
Il est dit parfois que ce fut un sergent à gages qui, interrogé lors
du procès, déclara avoir vu, le premier, le Baphomet. Et
ce, à Montsaunès. On peut le voir comme lui, en contemplant
la curieuse figure de singe (?) sculptée à la base de l'escalier
de la tour. Concluons avec Mme Laborde, qui rend bien compte de l'impression
produite par ce décor original :
« On ne peut nier qu'une grande partie du décor peint de Montsaunès
est en dehors des programmes ordinaires. Sans cacher l'influence de nombreux
ouvrages à sensation traitant des rites secrets de l'Ordre, il n'y a pas
de légendes sans fond de vérité, et on ne peut pas rejeter
l'hypothèse que certains éléments de l'Ordre aient été impressionnés
par des croyances ésotériques plus ou moins orthodoxes. Si la plupart
des Templiers étaient des religieux sans culture, sans formation théologique,
d'autres se situaient à un niveau différent. Les Templiers furent
souvent en relations non guerrières avec les mondes musulman et juif.
La chrétienté médiévale elle-même abritait
de nombreux groupes clandestins, cultivant l'ésotérisme dans une
symbolique hermétique, dont la voûte de Montsaunès est, peut-être,
une illustration...»
Quoi qu'il en soit, les successeurs des Templiers ont respecté et
protégé ces signes. Ainsi, la seule église templière
de la région encore intacte et vivante - hasard ? ou volonté occulte
de sauvegarder un ( éventuel) message? - nous propose des images énigmatiques.
Et nous donne à rêver. . .