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Des origines antiques
discutées
C'est
en 72 avant notre ère que la tradition situe l'implantation
romaine sur le site de Lugdunum. On doit cette date à saint
Jérôme qui, au IVe siècle de notre ère,
en un violent réquisitoire prononcé contre Vigilance,
un hérétique commingeois, qualifie celui-ci de
descendant d'un ramassis de réfugiés et de brigands.
Ces brigands ne sont autres que les Convènes (le nom latin
Conuenae signifie « ceux qui ont été rassemblés »)
que Pompée aurait, après avoir dompté l'Espagne,
en 72 ou en 71 avant notre ère, regroupés en une
ville du piémont des Pyrénées centrales.
Mais les fouilles archéologiques menées sur le
site depuis le début du XXème siècle n'ont,
pour l'instant, rien révélé de ces origines
obscures et peu glorieuses que vilipendait le père de
l'Eglise.
Le temps de
la paix romaine, Ier - IIIème siècles
Le site connut une première
phase de développement urbain au début de l'époque
augustéenne, sans doute vers les années 20-15 avant
notre ère. Certes, cette installation ne se fit pas ex
nihilo ; elle s'appuyait sur l'existence d'une modeste agglomération
concentrée autour d'un champ de foire (installé en
plaine au pied d'un oppidum), qui avait, de longue date sans
doute, attiré les Romains de la proche et très
latine province de Narbonnaise. L'intérêt de Rome
pour le site tint aussi à des raisons politiques puisque
l'impulsion donnée à cette agglomération
par Auguste (de 27 avant à 14 après notre ère)
s'inscrivait dans le cadre de la réorganisation des Gaules
et de la création de la province d'Aquitaine, vaste entité administrative
qui allait de la Loire aux Pyrénées et de l'Atlantique à l'Auvergne.
Très tôt les Convènes obtinrent le droit latin.
Et c'est, semble-t-il, un empereur de la dynastie des Antonins
(peut-être Trajan qui régna de 98 à 117) qui
accorda à la ville le titre honorifique
de colonie romaine ce statut privilégié témoigne
de l'importance d'un chef-lieu de cité,
qui ne cessa de s'agrandir et de se transformer, pour atteindre
dans sa période la plus florissante, la deuxième
moitié du IIème siècle, une superficie d'environ
32 hectares et compter une population de 5 000 à 10 000
habitants.
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Hérode
Antipas exilé à Lugdunum
Selon
le témoignage de l'historien juif Flavius Josèphe,
deux des fils du roi Hérode sont successivement
exilés par l'empereur en Gaule, après qu'ils
ont démontré leur incapacité à administrer
les régions de Palestine qui leur ont été confiées
et suite à leur intrigue contre l'empereur. Sous
l'Empire romain, la relégation dans un lieu isolé et
désert, le plus souvent une île, est la peine
ordinairement infligée aux princes, aux hommes politiques
et aux intellectuels soupçonnés de complot
et que l'on souhaite éloigner le plus possible.
Il faut donc en déduire qu'il n'existe aucune communauté juive
en Gaule à l'époque d'Auguste.
Le fils aîné d'Hérode, Archélaos,
qui règne en Judée, est banni de Rome en 6
de notre ère par Auguste, après une série
de procès, est relégué à Vienne,
en Isère, dans ce qui est alors le pays des Gaulois
allobroges, l'exil devait y être supportable.
Le sort du frère d'Archélaos, Hérode
Antipas, est peut-être plus pénible. En 39,
après un long gouvernement, il est banni par Caligula
pour avoir conspiré avec l'ennemi parthe. Les sources
rapportent qu'il est relégué avec sa femme,
la célèbre Hérodiade, à Lugdunum.
Mais s'agit-il de Lyon, la capitale des Gaules, dans la même
région que son frère, facilement accessible
de l'Italie ? Ou de Saint-Bertrand-de-Comminges (Lugdunum
Convenarum), dans les Pyrénées, sur la route
de l'Espagne, pays qui, selon Josèphe, lui aurait été fixé comme
lieu d'exil ? C’est ce même Hérode qui
demeure célèbre avec sa fille Salomé,
pour avoir fait décapiter le pauvre Saint Jean Baptiste,
et pour avoir parlé avec Jésus juste avant
sa crucifixion. Un prince, même relégué,
se déplace évidemment avec toute sa maisonnée,
comme l'attestent les témoignages d'Hérodiens à Rome,
et il conserve un embryon de cour : on peut donc penser que
cette présence juive, même isolée et épisodique,
laisse quelque trace et crée de nouveaux axes d'émigration.
Lugdunum Convenae (Saint-Bertrand de Comminges) est devenu
un endroit au fil des siècles un lieu discret mystique
et ésotérique, de nombreuses traditions populaires
font état dans la proche région d’un
certains nombres de personnages du nouveau testament, Marie-Madeleine,
Joseph d'Arimathie, Saint Pierre, le Christ lui-même,
le roi Hérode et sa famille, le tout, à deux
pas d’Alet les Bains (ou une grosse communauté juive
est attestée) et de …Rennes le Château.
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La fin de l'Empire
romain IVème-VIème siècles
A la fin du IIIéme
ou au début du IVème siècle, la cité fut
intégrée dans la province de Novempopulanie née
du partage de la grande Aquitaine. Elle perdit alors de son importance
au profit d'autres cités comme Eauze et Auch. En 410, elle fut
acquise au royaume des Wisigoths qui firent de Toulouse leur capitale.
Cet événement ne modifia ni l'organisation administrative
existante ni la vie économique antérieure d'une province
qui continua à cette époque à bénéficier
d'une période de paix et de stabilité.
C'est au cours du Véme siècle que le rempart de la ville
haute fut construit. Mais la fortification de la ville haute de Conuenae
ne signifie pas que la ville basse ait été désertée
et que l'installation de la population sur une hauteur protégée
fut instantanée. En effet, si des monuments antiques ont disparu
dès la fin du IVème ou le début du Vème siècle,
la ville basse ne fut pas pour autant un champ de ruines. A côté de
quartiers abandonnés, certains secteurs subirent des transformations
(travaux de reconstruction, d'agrandissement, d'embellissement) pendant
les Vème et Vème siècles et même au-delà.
En 507, les Convènes passèrent sous l'autorité des
Francs. La disparition du royaume wisigothique n'apporta pas non plus
de grands changements à la société romaine du sud
de la Loire. Au début du Ville siècle, les habitants de
l'ancienne Aquitaine et du pourtour méditerranéen étaient
encore appelés « Romains» par les Francs. A la mort
de Chilpéric, la ville se trouva mêlée au conflit
de succession au trône qui opposa, en 585, Gontran et Gondobald.
Cette date marqua longtemps la fin de la ville antique sur la foi d'un
récit dramatique que l'on doit à Grégoire de Tours
dans son Histoire des Francs. Mais l'évocation des conséquences
désastreuses du siège de la ville est très exagérée,
et Conuenae n'a pas connu la destruction radicale que Grégoire
se plut à raconter.
Le haut Moyen Age
C'est sans doute la période
la plus mal connue de l'histoire du site. On admet souvent qu'elle
fut marquée par la destruction de la ville basse, le repli d'une
population en net recul démographique sur la ville haute, le
déclin économique et culturel, la disparition des témoignages écrits.
Cela n'est que partiellement vrai, car cette sombre vision tient essentiellement à l'absence
de la documentation archéologique.
Au Xème siècle, le Comminges fut érigé en
comté, une organisation politique et administrative qui prit le
relais des structures antiques. L'Eglise organisée, quant à elle,
existait bien antérieurement puisqu'en 790 un évêque
de Comminges, Abraham, participa au concile de Narbonne. Cet évêché médiéval
est l'héritier de la communauté chrétienne antique
dont le premier chef connu, un certain Suavis, participa au concile
d'Agde en 506.
La ville haute de Saint-Bertrand
servant d'arrière-plan à la représentation de
l'un des miracles de saint Bertrand. Cathédrale Sainte-Marie,
tombeau de saint Bertrand. Peinture anonyme du XVIIe siècle.
XIème –XVème
siècles, un Moyen Age religieux et prospère
On ne peut donc, à proprement
parler, évoquer une « renaissance» de la ville de
Conuenae
avec l'arrivée dans les Pyrénées centrales de
Bertrand de l'Isle, petit-fils du Comte de
Toulouse, chevalier, chanoine au chapitre de la cathédrale Saint-Etienne à Toulouse.
Certes le diocèse rural de Comminges n'avait plus de centre urbain
de première importance; mais il n'était pas véritablement
mort et anéanti comme on le dit encore. D'ailleurs la présence
de Bertrand de l'Isle en Comminges avait non seulement une valeur religieuse
mais aussi une signification politique.
Elu évêque du Comminges en 1083, homme de terrain à la « foi
agissante et rayonnante ", Bertrand acquit une solide notoriété en
menant de pair son activité pastorale et spirituelle et une action
temporelle, améliorant les conditions de vie quotidienne de la
population (développement de l'agriculture, de l'élevage,
du commerce, protection des biens et des personnes). Il entreprit la
construction de la cathédrale romane consacrée à Marie,
du cloître et du siège épiscopal. C'est sous son
autorité que débuta sans doute également la construction
de la basilique Saint-Just à Valcabrère.
L’infatigable activité de Bertrand de l'Isle lui valut une
réputation d'homme vertueux et zélé. Il fut canonisé en
1218, Lugdunum-Conuenae prit alors le nom de Saint-Bertrand. La suite
de l'histoire du site tient à l'élan rénovateur
du saint homme et à sa renommée,
En 1207, la ville reçut une charte de coutumes accordée
par l'évêque Adhémar de Castillon. A partir de ce
moment, la tutelle spirituelle de l'évêque sur les habitants
du diocèse se doubla d'une autorité temporelle.
En 1295, le pape Boniface VIII nomma évêque de Comminges
Bertrand de Got qui devint en 1299 archevêque de Bordeaux et fut élu
pape en 1305 sous le nom de Clément V, premier
Pape d'Avignon, En 1304, Bertrand de Got fit poser la première
pierre d'une nouvelle église gothique et en 1309 il procéda
lui-même à la translation des reliques de saint Bertrand.
S'attachant ainsi à donner à l'église Sainte-Marie
les dimensions qu'exigeait la popularité des lieux, il favorisa
un élan nouveau pour le culte du saint évêque, faisant
de son tombeau le centre d'un grand pèlerinage.
La construction de l'église gothique fut achevée en 1350
sous l'autorité de Hugues de Castillon, En 1456, le comté de
Comminges fut rattaché au royaume de France, A partir de cette
date, le Comminges ne joua plus de rôle politique: seule sa notoriété spirituelle
persista.
XVIème-XVIIème
siècles
En 1535 furent inaugurés
le chœur renaissance et le buffet d'orgue, œuvres du fastueux évêque
Jean de Mauléon.
En 1586 et en 1593-1594, les pillages et les ravages successifs de
deux campagnes militaires, menées par les huguenots au cours des guerres
de religion, laissèrent leurs marques sur l'ensemble de la région.
Tout au long du XVIIe siècle, l'identité du Comminges se
renforça dans l'attachement au sanctuaire de Saint-Bertrand, notamment
sous l'action efficace de Barthélemy de Donnadieu de Griet, évêque
de Comminges de 1625 à 1637, à un point tel qu'en 1642
Louis XIII abandonna le projet de transfert du siège épiscopal à Saint-Gaudens.
De l'époque moderne à l'époque contemporaine
La Révolution française épargna
la cathédrale. Mais en 1790 l'évêché fut
démantelé et partagé entre trois diocèses,
Toulouse et Bayonne en France, La Seu d'Urgell en Espagne, malgré l'opposition
de la municipalité qui soutenait que l'évêché et
son chapitre étaient le seul moyen d'existence de la ville.
En 1793, la Convention changea le nom de SaintBertrand-de-Comminges
en Hauteville. Malgré ces déboires, le pèlerinage
au tombeau de saint Bertrand reprit dès 1805. A partir de cette
date, le site, victime d'une lente érosion des pouvoirs (à la
fin du XIXe la ville perdit jusqu'à son rôle de chef-lieu
de canton), vécut du souvenir de ses évêques. La
commune, qui compte aujourd'hui 240 habitants, vit du tourisme dont
les infrastructures sont essentiellement concentrées en ville
haute autour de la cathédrale, et de l'agriculture dont les
installations se situent en ville basse, au quartier du Plan. Moins
d'une dizaine de familles tirent leurs revenus, en totalité ou
partiellement, de l'agriculture; treize vivent du passage touristique
: plus de 80 000 personnes parcourent annuellement le site de Lugdunum
Saint-Bertrand-de-Comminges.
L'histoire
des noms de SAINT-BERTRAND-DE-COMMINGES
Lugdunum
est le nom antique du site, dont l'équivalent français
actuel est Lyon. Ce nom, dont l'origine celtique reste inexpliquée
dans un contexte pyrénéen, est attesté par
les géographes grecs Strabon (début du 1er siècle)
et Ptolémée (milieu du IIe siècle). Lugdunum
fut érigée en chef-lieu d'un territoire attribué aux
Convènes, dont on ignore les racines exactes mais qui
figurent dans les textes et inscriptions de l'Antiquité sous
des formes différentes (« KïìïõÝõïé
» ou « ÊïíïõÝíïé» en grec, Conuenae en latin).
Lugdunum et Conuenae furent certainement les éléments
qui entrèrent dans la composition du nom, pour l'instant
inconnu, que la ville porta lorsqu'elle devint colonie.
Vers le Véme siècle, avec le déclin de l'influence
romaine, et selon un phénomène connu pour de nombreuses
villes de France, le chef-lieu prit le nom de sa population. Lugdunum
devint alors Conuenae ou Conuenas (dans l'Histoire des Francs de
Grégoire de Tours au Vie siècle). Une série
de modifications phonétiques que l'on explique difficilement
transformèrent ensuite lentement ce nom en Conbenae (au
droit de monnaies du milieu du VIème siècle), Combenae
(dans la chronique de Frédégaire au VIIème
siècle) puis en Commenae (au concile de Narbonne au VIIIème
siècle) pour aboutir au nom médiéval de Commenges,
qui donna naissance au Comminges moderne. La ville médiévale
prit au XIIème siècle le nom de son saint patron,
Saint-Bertrand, qu'elle conserve aujourd'hui encore associé à Comminges,
après un court épisode révolutionnaire passé sous
l'appellation lapidaire de Hauteville.
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