Le premier acte dont nous disposons concernant cette maison date de 1225
: « Grimalz de Livron (Grimai de Livron) a vendut et donat
et livrat à fraire Doat Garssia, Comandador del bestial
de la cabana de Monso, et aIs autres fraires del Temple présens,
tota la terra quel avia en la honor; ni aver devia, en la vila
de la Capela, e tot quant avia en la vila de la Capela, 0 rendes,
0 cens, 0 quaIs que causas...»
Raymond VII, comte de Toulouse, suzerain, accepte et entérine
cette transaction en 1227 : il accorde au Temple la pleine et entière
juridiction de Lacapelk; en d'autres termes, car ce mot n'existait pas à l'époque,
la seigneurie du lieu. Remarque : ce dernier point est contenu dans la
seconde partie du texte, la première étant relative à la
donation (ou à l'achat) de la terre possédée par
Grimalz en ce lieu. D'une terre et non d'une maison, Grimalz, seigneur
de Lacapelle, habitait semble-t-il à Livron, village très
voisin. Ce qui nous intéresse dans l'instant, c'est le nom, et
le titre, du mandataire templier : Doat Garssia, commandeur de la Cabane
de Monso...
En 1210, donation
est faite aux Templiers des châteaux de Graulhet, Ambres et
Marnave. Donation dont on ne trouve pas de suites ni dans les archives,
ni dans l'histoire, donation de type féodal, n'impliquant
point, donc, la prise de possession concrète par le donataire,
inféodation permettant sans doute au vicomte de Saint-Antonin
de changer de suzerain et de mettre ces trois « forces» à l'abri
des convoitises de Simon de Montfort.
Complété en 1230, par le don de la ville de Saint-Peyronis «et
tota la drochura qu'en avia en la honor sobredicha», et en 1231
par G. de Villevayre de tous les droits seigneuriaux sur le Pech d'Auzon
(Il s'avère que la ferme du Pech d'Auzon était une propriété de
l'Ordre de 100 ha. La charte correspondant à cette acquisition
n'existe pas dans le corpus des chartes.)
Il est frappant de constater la rapidité, voire la facilité,
de cette opération de grande envergure, par rapport à la
constitution plus lente d'autres grandes commanderies (Douzens, le Larzac...).
La donation est faite aux Templiers de Vaour. Arnal Gadel, commandeur
de Monso, est cité dans cet acte. Cette charte a été retrouvée
parmi les documents concernant le Mas- Deù, en Roussillon. S'y
trouve-t-elle normalement, intentionnellement, ou par erreur, par rapprochement
de Manso, Monso, avec Monzon, nom d'une très importante Maison
de l'Ordre en Espagne ?
La brillante étude
de M. Soutou sur ce sujet se fonde sur la première hypothèse,
celle de liens particuliers entre Monzon et Vaour. Partant, si Vaour
est « filleule» de Monzon, on peut admettre qu'en hommage,
le nom de Monzon, devenu Monso, parfois écrit Manso, ait été donné à une
annexe de la commanderie, éventuellement à une unité d'élevage
itinérante, sur le Causse. L'expression locale «faire
cabane» se rattache peu ou prou à l'idée de transhumance;
la cabane de Monso fut peut-être une zone de passage, avec
prélèvement d'un droit d'accueil et de pacage; ce pouvait être
une grande bergerie; l'un et/ou l'autre sous la responsabilité d'un
spécialiste: le commandeur dels bestials. La dite Cabane pouvait être
aussi l'annexe d'un établissement nommé Monso ou Manso.
Manso n'a jamais été localisé.
En revanche, un certain nombre de patronymes identiques se retrouvent
dans les textes : en 1427, Jean de Manso fut molesté par des
routiers anglais à Saint-Antonin; Gisbert de Manso était
mercier à Parisot en 1351, Guillaume de Manso notaire à Puylaroque
au XIVe siècle, G. de Manso notaire à Caylus en 1457...
A l'heure actuelle, ces gens s'appelleraient sans doute « Manceaux » ou
plutôt « Dumas ». .. Et probablement pas « Demonzon ».
. .
La première étude
sur la commanderie fut menée, au siècle dernier, par
l'abbé Frédefond. Pour lui, la cellule originelle de
la commanderie est la Maison elle-même. .. Et nous serons de
son avis, pour les raisons suivantes, fondées sur une hypothèse
tendant à organiser avec cohérence ces divers éléments
: la transaction avec Grimalz de Livron ne peut pas être la
charte de création, Monso était propriété du
Temple depuis longtemps, mais la charte manque... Après la
donation de 1225-1227, le terme Monso disparaît au profit de « la
commanderie de Lacapelle-Livron ». Nous avons fait remarquer,
au passage, que Grimalz n'a pas donné de maison... Tout le
problème est résolu si nous acceptons l'idée
suivante: en cette bourgade dépendant de Livron, les Templiers
possédaient un manse, un mas, communément nommé «le
mas» ou «le manse ». On écrivait ce terme
sous la forme «Manso» ou «Monso ». Cette
hypothèse simple nous paraît apte à dissiper
les incertitudes et les extrapolations à ce propos...
Les Inventaires de Lacapelle-Livron réservent d'ailleurs aux chercheurs
un certain nombre de pièges...
Le seigneur commandeur
de Lacapelle était un grand seigneur, un personnage important
du Quercy, qui tenait sa richesse des redevances classiques auxquelles
s'ajoutaient des péages et des droits associés aux
opérations de transhumance.
Au total, localement moins riches que telle ou telle abbaye, moins
puissants que tel ou tel seigneur, les Templiers sont en fait au
premier rang dans la région, tant sur le plan de la propriété que
sur celui de la puissance seigneuriale.