La première
mention de l"Alleu de Lieuvron" se trouve dans le testament
de Raymond Ier Comte de Rouergue, de Toulouse, et de Quercy en 960,
qui le lègue au monastère de St Antonin.
Au Xe ou XIe siècle,
une église fût construite par les Bénédictins
de St Antonin, reconnue par le Pape Alexandre III en 1165. A cette époque
elle était déjà un lieu de pèlerinage
renommé.
En 1302, Livron fût
rattaché à l'église St Jean Baptiste de Caylus.
L'édifice qui était rectangulaire, fût alors
agrandi et en partie restauré. Caylus et Livron, qui dépendirent
quelque temps de Raymond VI de Toulouse, favorable à l'hérésie
Albigeoise, subirent en 1211 et 1212 la répression de Simon
de Monfort. L'église de Livron ne fût pas rasée
mais souffrit de ces sévices.
La légende
relevée au siècle dernier à Lacapelle- Livron
par Du Mège n'a pas résisté à l'érosion
générale. Elle est exceptionnelle : en ce temps-là,
la région de Caylus était désolée par
un dragon horrible qui, non content de détruire les récoltes,
dévorait aussi les enfants. Il séquestra en sa grotte
une vierge locale. Mais, de retour des croisades, survint le chevalier
de la Gardelle, de l'ordre des templiers, issu d'une famille Caylusienne,
prit la résolution de combattre la bête. Soutenu par
les prières de toute la population regroupée dans les églises
du voisinage, et qui fit le vœu en cas de réussite, d'élever
une chapelle en mémoire de cette délivrance. Lagardelle
attaqua le monstre, le tua et délivra la jeune fille... D'où le
nom de Livron.
On commença
la construction d'une chapelle sur les hauteurs environnantes, lieu
plus sain que le fond de la vallée. Plusieurs fois de suite,
les ouvriers retrouvaient le lendemain, au fond de la vallée,
leur ouvrage de la veille. Les anges, guidés par Notre Dame,
avaient transporté la nuit, par un sentier à flanc
de coteau, les matériaux là où la bête
avait été tuée (d'où l'appellation de "chemin
des anges" nom qui est encore le sien aujourd'hui). Finalement
la chapelle fût construite au fond de la vallée, lieu
désigné par la Vierge.
En fait, légende
classique quant à son thème, qu'on peut considérer
comme « la dernière empoignade de la médiévalité entre
un chevalier et un dragon », légende qui est sans doute
la réactualisation d'une histoire plus ancienne, captée
pour la plus grande gloire du Temple.
Il faut
rechercher les origines de la légende, dans les liens étroits
qui rattachaient le sanctuaire de la Vierge au castrum de Caylus
et à ses chevaliers. Des bourgeois en tout cas y avaient leur
sépulture et le pèlerinage semble assuré à la
fin du XVè siècle. Nul ne s'est soucié d'identifier
le héros, le chevalier de Lagardelle. On ne connaît
pas de famille féodale ayant porté ce nom.
On peut
néanmoins proposer une explication simple, qui n'a pour elle
que la proximité du sanctuaire marial et de la commanderie
templière puis hospitalière de Lacapelle-Livron, distant
de 2,5 km seulement. Au XIVè siècle, Lacapelle fut
une commanderie magistrale de Dieudonné de Gozon, maître
de l'Hôpital de 1346 à 1353. Ce chevalier issu du Rouergue
voisin parait avoir surtout vécu à Rhodes dans l'entourage
du chef de l'ordre avant même sa nomination de grand commandeur
en 1337. Il reste surtout le héros d'un récit fabuleux.
Il y
eut certainement une part de réel à la base de sa légende
répandue à travers tout l'Occident. On peut supposer
que celle-ci ait été connue autour de Lacapelle-Livron
cristallisée sur un site. Les termes Dragonnière et
Drago sont des toponyme assez bien représenté en Quercy,
en Rouergue et en Périgord. Si un lieu comporte quelque cavité,
on peut y voir l'antre d'un drac : une Dragonière. En d'autres
cas, il ne s'agirait que de la terre d'un certain Drago, nom d'homme
germanique.
Voici
la légende du Chevalier Gozon
Au début du
14ème siècle apparut tout à coup sur l'île
de Rhodes un monstre venu on ne sait d'où. Il fit d'épouvantables
ravages parmi les troupeaux, mais aussi parmi les habitants de l'île.
Et plus d'un chevalier de Saint Jean qui occupaient alors l'île
laissèrent la vie dans un combat contre le dragon. Le Grand
Maître leur interdit alors la lutte, sous peine d'exclusion
de l'Ordre, et le dragon continua ses ravages.
Cependant le chevalier
Gozon résolut en cachette de combattre le dragon. Il fabriqua
un monstre en carton aussi ressemblant que possible au dragon. Puis
il dressa deux molosses, qu'il accoutuma d'abord à voir sans
s'effrayer la représentation du monstre, puis à l'attaquer
en le prenant à la gorge. Après quoi, Gozon attira
l'animal loin de sa caverne et lâcha contre lui ses deux dogues.
Une fois le monstre tenu à la gorge par les molosses, Gozon
put s'approcher sans trop de péril, et plonger sa lance dans
les flancs du dragon. Une fois l'animal mort, Gozon extrait une pierre
de la grosseur d'une olive du corps du dragon : le " besoard " (aux
propriétés étonnantes, il pouvait faire bouillir
l'eau dans laquelle on l'avait trempée. Il fut conservée
dans la famille Gozon jusqu'à la fin du XVIè siècle),
puis chargea le cadavre du monstre sur un chariot et le ramena vers
la ville, où il fut acclamé.
Il reçut pourtant
de sévère reproches de la part du Grand Maître, à qui
il avait désobéi. Mais il fut libéré de
prison après quelques jours, et même élu comme
successeur du grand maître à la mort de celui-ci.
A sa mort, on grava comme épitaphe sur sa pierre tumulaire ces
deux mots : "Dragonis extinctor".