Voulant
remercier Dieu de cet honneur qui lui est fait, Béra
1er choisi le monastère d'Alet pour y prononcer
une action de grâce. C'est à cette occasion
qu'il promeut le monastère au rang d'Abbaye. La
charte de fondation de l’Abbaye bénédictine
d’Alet remonte à l’an 813. Dès
lors l'Abbaye d'Alet richement, dotée avec d'importants
territoires et paroisses sous. Son autorité, ne
cessera de prospérer et de grandir en influence.
Hélas, richesses et puissance engendrent trop souvent
envie jalousie et convoitise; aussi, l'ennemie la plus acharnée
de l'Abbaye d'Alet se révélera être l'Abbaye
de Lagrasse qui lui disputera pendant tous ces siècles
la prédominance sur l'Abbaye de Saint Polycarpe (près
de Limoux). Le territoire de l'Abbaye d'Alet ayant le privilège
de n'avoir jamais appartenu qu'à l'Eglise, il sera
facile pour son ennemie d'attiser contre elle la convoitise
des féodaux locaux, et on verra tour à tour
les seigneurs de Cournanel, Serres, Couiza et Limoux essayer
de prendre de force le contrôle de l'Abbaye.
En ces temps incertains, parce que les alliances étaient
souvent changeantes, les alliés aussi bien que les
ennemis naturels de nos grand féodaux se trouvent être
nos voisins d'Espagne. Guerroyant les uns contre les autres
les féodaux entretenaient mercenaires et soldats dans
des armées privées. Mais « en temps de
paix », trop souvent, ces mercenaires, désœuvrés
entre deux guerres et donc privés de solde, se regroupaient
alors en bandes organisées connues sous le nom de « routiers» et
se retournaient contre les populations locales, pillant,
massacrant et rançonnant sans pitié.
Aussi vers 1091 un des abbés d'Alet qui se montra
des plus avisés, l'Abbé Pons d'Amely mit l'Abbaye
et le bourg attenant en état de défense en
les dotant d’un mur d’enceinte en pierre de taille.
Ainsi protégée l'Abbaye continua sur sa prospérité et
devint encore plus puissante et influente jusqu'à l'époque
de la croisade contre les hérétiques Cathares.
Lors de cette « croisade », les populations locales
choisirent de rester fidèles à leurs suzerains,
les vicomtes Trencavel de Béziers et Carcassonne contre
l'armée d'invasion des « Estrangers du Nord ».
Les moines d'Alet se ralliant aux Trencavel, ces derniers
se retrouvèrent « excommuniés » ipso
facto.
Lorsque les armées de Simon de Monfort furent victorieuses,
les moines se mirent à l'abri pour un temps à la
cour du Comte de Foix. Plus de 40 ans plus tard, à la
pacification, les survivants du collège des moines
d'Alet plaidèrent si bien leur cause qu'ils furent
autorisés à réintégrer leur Abbaye.
Mais ces moines s'étant en quelque sorte montrés « rebelles» ils
resteront suspects aux yeux de leur hiérarchie.
C'est assurément une des raisons pour laquelle, Jean
XXII, le Pape de l'époque, considérant que
l'Evêché de Narbonne auquel Alet était
rattaché, était trop immense pour être
efficacement administré... et contrôlé.
Aussi décida-t-il de le scinder, et de créer
trois nouveaux évêchés dont celui de
Limoux. En effet, Limoux ayant toujours été la
ville la plus importante en Haute Vallée de l'Aude,
c'était donc à cette cité que revenait
de plein droit le titre de cité épiscopale,
mais des circonstances extraordinaires firent que le choix
du Pape se porta sur la basilique Saint Martin de Limoux
comme nouvelle cathédrale, mais ce choix fut contesté par
les moniales de Lasserre De Prouilles dont la basilique était
leur fief attitré, attribué par Saint Dominique
en personne. Les moniales firent donc un procès au
Pape et, le gagnèrent. Aussi Jean XXII dut-il se dédire
et transférer le siège épiscopal de
Limoux à Alet : l'Abbatiale Notre Dame d'Aleth devenant
conjointement en 1318 la Cathédrale Notre Dame d'Aleth.
Mais bientôt arrive l'époque funeste des « guerres
de religion », par tout en Europe de l'Ouest, Catholiques
et Protestants s'entredéchirèrent « au
Nom de Dieu », mettant des pays entiers à feu
et à sang. Si l’abbatiale romane avait évité les
dévastations de la croisade des Albigeois, elle ne
put cependant échapper au pillage des protestants.
Les huguenots prirent Alet en 1573, et le 6 janvier 1577
ils dépouillèrent la cathédrale de toutes
ses richesses, renversèrent ses autels et brisèrent
ses vitraux. Alet, cité calviniste connaîtra
plusieurs assauts (sept ou huit selon les chroniqueurs).
Lors d'un de ces assauts en 1577, un boulet de canon incontrôlé fait
effondrer une partie de la toiture de la cathédrale.
Le monument servit alors de carrière de pierres pour
remonter les remparts de la ville. La Cathédrale Notre
Dame fut abandonnée vers 1600 au profit d’une
cathédrale de fortune aménagée dans
les vestiges des bâtiments conventuels (la cathédrale
St Benoît). Le pays étant ruiné suite à ces
conflits répétés, la toiture ne sera
jamais réparée et finira par s'effondrer complètement
d'elle-même; aussi le dernier des 35 évêques
qui se sont succédés à Alet, peu avant
la Révolution Française ayant hérité d'un évêché bien
mal en point et d'une cathédrale désaffectée,
monument vide, sans toiture, se résoudra-t-il à en
vendre les murs pour permettre de réaliser le projet
de nouvelle route Royale dont le tracé devait passer à travers
la cathédrale. Le projet ne fut réalisé que
bien plus tard sous Napoléon premier. Ainsi, lorsque
vous rentrez dans les ruines de l'abbaye par la porte attenante à l'Office
de Tourisme d'Alet, vous vous retrouvez dans ce qui était
autrefois le déambulatoire, en effet, face à cette
porte, vous ne pouvez manquer l'unique abside gothique survivante
des cinq absides rayonnantes qui entouraient le « chevet
roman ». C'est donc la réalisation du CD 118
qui scella le sort de notre bâtiment, la route amputant
l'édifice de 4 des 5 absides rayonnantes et gothiques,
perdant leurs appuis originels des pans entiers de mur s'écroulèrent
au fil du temps.
Ce n’est qu’en 1903 que les premiers travaux
de restauration et de mise en valeur seront entrepris et
en 1947 que les vestiges seront dégagés dans
leur présentation actuelle. Une récente opération
de consolidation a permis de sauver le chœur Roman,
la partie la plus antique et la plus poignante du monument.
bibliographie:
Les
templiers des pays d'oc et du roussillon de Simon JEAN |