Le site d’Alet fut peuplé avant la période
romaine, à l'avènement du Christianisme la première église
fut érigée sur l'emplacement d'un temple romain dédié à la
Déesse Diane ou Cybèle. Plus tard, autour de ce sanctuaire
paléochrétien, se constitua une communauté monacale à l'origine
du premier monastère
Au cours des siècles, malgré les vicissitudes des temps
et quoique malmené par les Wisigoths et les Sarrasins, le
monastère prospéra et prit de plus en plus d'importance,
et bientôt, on vit surgir à ses côtés un
petit bourg.
Après la reconquête de ces territoires sur les Sarrasins
par Charlemagne, lorsque l'Empereur se retira pour regagner ses Etats
du Nord, il laissa la garde de ce qui devait devenir les Marches
d'Espagne à ses fidèles lieutenants. Les territoires
du Rédhésium et de la Catalogne échurent à un
certain Guillaume, mais ici les sources divergent pour savoir s'il
s'agit de Guillaume de Gellone, Alias Guillaume de Toulouse, ou de
Guillaume au Court Nez (ou au Nez Corb : voir la« Geste des
Narbonnesi) alias Guillaume d'Orange, ou du Comte Wilhem alias Guilhem
Le Velu héros mythique des deux côtés des Pyrénées.
Quoiqu'il en soit le dit Guillaume, préférant continuer à servir
et à guerroyer aux côtés de Charlemagne son ami
et suzerain, ce sera finalement son fils qui assurera le contrôle
de cet immense territoire sous le nom de Béra 1er, Comte de
Razès (Rédhésium) et de Barcelone.
Voulant remercier Dieu de cet honneur qui
lui est fait, Béra 1er choisi le monastère d'Alet pour
y prononcer une action de grâce. C'est à cette occasion
qu'il promeut le monastère au rang d'Abbaye. La charte de
fondation de l’Abbaye bénédictine d’Alet
remonte à l’an 813. Dès lors l'Abbaye d'Alet
richement, dotée avec d'importants territoires et paroisses
sous. Son autorité, ne cessera de prospérer et de grandir
en influence.
Hélas, richesses et puissance engendrent trop souvent envie
jalousie et convoitise; aussi, l'ennemie la plus acharnée de
l'Abbaye d'Alet se révélera être l'Abbaye de Lagrasse
qui lui disputera pendant tous ces siècles la prédominance
sur l'Abbaye de Saint Polycarpe (près de Limoux). Le territoire
de l'Abbaye d'Alet ayant le privilège de n'avoir jamais appartenu
qu'à l'Eglise, il sera facile pour son ennemie d'attiser contre
elle la convoitise des féodaux locaux, et on verra tour à tour
les seigneurs de Cournanel, Serres, Couiza et Limoux essayer de prendre
de force le contrôle de l'Abbaye.
En ces temps incertains, parce que les alliances étaient souvent
changeantes, les alliés aussi bien que les ennemis naturels
de nos grand féodaux se trouvent être nos voisins d'Espagne.
Guerroyant les uns contre les autres les féodaux entretenaient
mercenaires et soldats dans des armées privées. Mais « en
temps de paix », trop souvent, ces mercenaires, désœuvrés
entre deux guerres et donc privés de solde, se regroupaient
alors en bandes organisées connues sous le nom de « routiers» et
se retournaient contre les populations locales, pillant, massacrant
et rançonnant sans pitié.
Aussi vers 1091 un des abbés d'Alet qui se montra des plus avisés,
l'Abbé Pons d'Amely mit l'Abbaye et le bourg attenant en état
de défense en les dotant d’un mur d’enceinte en
pierre de taille.
Ainsi protégée l'Abbaye continua sur sa prospérité et
devint encore plus puissante et influente jusqu'à l'époque
de la croisade contre les hérétiques Cathares. Lors de
cette « croisade », les populations locales choisirent
de rester fidèles à leurs suzerains, les vicomtes Trencavel
de Béziers et Carcassonne contre l'armée d'invasion des « Estrangers
du Nord ». Les moines d'Alet se ralliant aux Trencavel, ces derniers
se retrouvèrent « excommuniés » ipso facto.
Lorsque les armées de Simon de Monfort furent victorieuses,
les moines se mirent à l'abri pour un temps à la cour
du Comte de Foix. Plus de 40 ans plus tard, à la pacification,
les survivants du collège des moines d'Alet plaidèrent
si bien leur cause qu'ils furent autorisés à réintégrer
leur Abbaye. Mais ces moines s'étant en quelque sorte montrés « rebelles» ils
resteront suspects aux yeux de leur hiérarchie.
C'est assurément une des raisons pour laquelle, Jean XXII, le
Pape de l'époque, considérant que l'Evêché de
Narbonne auquel Alet était rattaché, était trop
immense pour être efficacement administré... et contrôlé.
Aussi décida-t-il de le scinder, et de créer trois nouveaux évêchés
dont celui de Limoux. En effet, Limoux ayant toujours été la
ville la plus importante en Haute Vallée de l'Aude, c'était
donc à cette cité que revenait de plein droit le titre
de cité épiscopale, mais des circonstances extraordinaires
firent que le choix du Pape se porta sur la basilique Saint Martin
de Limoux comme nouvelle cathédrale, mais ce choix fut contesté par
les moniales de Lasserre De Prouilles dont la basilique était
leur fief attitré, attribué par Saint Dominique en personne.
Les moniales firent donc un procès au Pape et, le gagnèrent.
Aussi Jean XXII dut-il se dédire et transférer le siège épiscopal
de Limoux à Alet : l'Abbatiale Notre Dame d'Aleth devenant conjointement
en 1318 la Cathédrale Notre Dame d'Aleth.
Mais bientôt arrive l'époque funeste des « guerres
de religion », par tout en Europe de l'Ouest, Catholiques et
Protestants s'entredéchirèrent « au Nom de Dieu »,
mettant des pays entiers à feu et à sang. Si l’abbatiale
romane avait évité les dévastations de la croisade
des Albigeois, elle ne put cependant échapper au pillage des
protestants. Les huguenots prirent Alet en 1573, et le 6 janvier 1577
ils dépouillèrent la cathédrale de toutes ses
richesses, renversèrent ses autels et brisèrent ses vitraux.
Alet, cité calviniste connaîtra plusieurs assauts (sept
ou huit selon les chroniqueurs). Lors d'un de ces assauts en 1577,
un boulet de canon incontrôlé fait effondrer une partie
de la toiture de la cathédrale.
Le monument servit alors de carrière de pierres pour remonter
les remparts de la ville. La Cathédrale Notre Dame fut abandonnée
vers 1600 au profit d’une cathédrale de fortune aménagée
dans les vestiges des bâtiments conventuels (la cathédrale
St Benoît). Le pays étant ruiné suite à ces
conflits répétés, la toiture ne sera jamais réparée
et finira par s'effondrer complètement d'elle-même; aussi
le dernier des 35 évêques qui se sont succédés à Alet,
peu avant la Révolution Française ayant hérité d'un évêché bien
mal en point et d'une cathédrale désaffectée,
monument vide, sans toiture, se résoudra-t-il à en vendre
les murs pour permettre de réaliser le projet de nouvelle route
Royale dont le tracé devait passer à travers la cathédrale.
Le projet ne fut réalisé que bien plus tard sous Napoléon
premier. Ainsi, lorsque vous rentrez dans les ruines de l'abbaye par
la porte attenante à l'Office de Tourisme d'Alet, vous vous
retrouvez dans ce qui était autrefois le déambulatoire,
en effet, face à cette porte, vous ne pouvez manquer l'unique
abside gothique survivante des cinq absides rayonnantes qui entouraient
le « chevet roman ». C'est donc la réalisation du
CD 118 qui scella le sort de notre bâtiment, la route amputant
l'édifice de 4 des 5 absides rayonnantes et gothiques, perdant
leurs appuis originels des pans entiers de mur s'écroulèrent
au fil du temps.
Ce n’est qu’en 1903 que les premiers travaux de restauration
et de mise en valeur seront entrepris et en 1947 que les vestiges seront
dégagés dans leur présentation actuelle. Une récente
opération de consolidation a permis de sauver le chœur
Roman, la partie la plus antique et la plus poignante du monument.
bibliographie:
Les
templiers des pays d'oc et du roussillon de Simon JEAN |